Ricochet à la Poésie du Carbone (dite Organique)

Publié le par @rbre

J’ai dédaigné la place gratuite qui se trouvait à cinq cent quatre vingt deux pas de chez moi contre une autre, pour laquelle j’ai déboursé cinquante centimes, et d’où cinq cent treize enjambées étaient requises jusqu’à l’appartement de ma mère.

De ma voiture au seuil de l’immeuble, j’ai vagabondé, hanté par la prescience de connaître les lieux m’accablant des icônes de l’habitude.

Arrivé dans le corridor du bâtiment dans lequel croupissent des locataires dont j’ignore jusqu’à la couleur du nom, je me suis senti soulagé d’être enfin à l’ombre, ayant subi la soudaine morsure d’un soleil de mai qui se voulait édenté.

Après avoir franchi le perron, je suis allé m’entretenir quelques secondes avec mon chat, constatant, en lui caressant le flanc, que son pelage (à cet endroit précis) semblait avoir jauni. Ce halo beurré me fit me demander s’il ne s’agissait pas d’une espèce de signe de vieillissement de ma bestiole qui, il y a un peu plus d’un mois de cela, a soufflé sa dixième bougie, ce qui équivaudrait (par je ne sais quel truchement) à cinquante six années humaines.

Par la suite, je suis allé prendre ma douche biquotidienne ; pour ce faire, il a fallu que je me dévête, ce qui m’incita à ôter l’ensemble de mes habits. Arrivé au caleçon que j’allais, d’un geste voluptueux, jeter au sale, j’ai remarqué que ce dernier était (par endroits) usé jusqu’à la corde, de sorte que la trame d’un vécu incertain se lisait au travers des fibres disloquées par des ports multiples. J’ai eu un moment de recul en songeant l’abandonner pour le lavage parmi les frusques impropres, histoire de pouvoir l’enfiler une dernière fois, sentimental jusque dans l’immonde transparence dont le principe résiderait plus dans une espèce d’impudeur affectée, que dans un subtil camouflage timidement licencieux. Aussi, d’un mouvement vengeur à la fois ultra-matérialiste dans l’esprit d’une consommation effrénée, tout en se voulant détachée de toute forme d’atomisme mondain où l’ascétisme vestimentaire est de mise, d’une idée épurée d’extase vacuitaire, je suis allé déposer ce calecif informe dans la poubelle où sommeillaient des vestiges de ripailles sub-prolétariennes.

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