Ce qui nous bouleverse du plus profond des entrailles
Je me trouvais aux toilettes. On ne doit pas le dire, et encore moins l’écrire. Nonobstant, si l’objet de cet aveu se voulait scatologique ; si le dessein s’avérait provocateur ou subversif. Mais même pas. L’idée est simplement (et l’adverbe est on ne peut plus juste) dans le prolongement même de ma poésie du carbone (qualifiée autrement par mes soins de poésie organique) que j’ai pu évoquée par ailleurs, mais dont je n’ai encore jamais pris la peine ou fait l’effort de définir.
J’étais donc aux toilettes, en train de déféquer. Ce faisant, je lisais. Parce que la lecture des latrines m’est un plaisir incomparable que n’égalent seulement que les déchiffrages que j’entame sur mon lit, ou callé à l’assise d’un café, lorsqu’il n’y a pas de musique pour me distraire, et quand une espèce d’intimité tout à fait personnelle s’est instiguée entre le livre, mon regard et l’absence des autres.
J’avais, entre les mains, un ouvrage de poésie. C’est peut-être l’une des explications à ma satisfaction défécatoire, que celle de me dire que le lieu m’est propice au recueillement et à la décortication délicate et sublime d’elzévirs évoquant l’art de tout taire, excepté l’essentiel.
Dans les livres que je compulse en cet endroit précis, je glisse une feuille de papier toilette en guise de marque-pages.
J’ouvrais donc ce bouquin acheté il y avait tout juste une semaine et poursuivais le récit de la préface consacrée à Anna Akhmatova.
Durant ma lecture, le préfacier notait une information chronologique : le milieu de mars 1940. C’est à ce moment-là que m’était venue cette réflexion : la poétesse allait mourir à presque vingt-six années de cette balise décrite, plus particulièrement un cinq mars 1966. Aussi, très candide, j’avais repensé aux brutales facéties de l’existence qui, en l’espace d’un instant, nous conduit sans un mot au royaume des Parques. Et, de façon très sotte, très naïve, je m’étais interrogé sur la manière dont je pouvais réagir si j’apprenais qu’il ne me restait plus que vingt-six années, vingt-six jours ou vingt-six secondes à vivre. Pour les vingt-six secondes, je demeurais interdit. Quasi-incrédule, en dépit du caractère burlesque et, quelquefois comique, de la mort.
J’avais achevé mon excrémentielle entreprise et, après avoir été absorbé par les poignées de lignes qui m’avancèrent dans ma lecture, j’avais regardé le nom de l’auteur du préambule : Jean-Louis Baké. Jean-louis. Tout comme moi.
M’en retournant à mes occupations nocturnes, je fus pris d’un désir de griffonner ces paroles dont l’ensemble donnera à mes hypothétiques détracteurs de la matière (fécale ?) pour alimenter leur rancœur, et pour que leurs critiques (que je cautionne postactivement) fleurent (sic transit), sans ironie, le parfum de mon inconséquence.
{il sera bon de souligner que je songe à quelques miettes de gloriole et, donc, à quelque déchéance suppliquée par certains, à une heure où mon anonymat est aussi éloquent que la chute d’une météore en plein cœur d’un désert}
Je me suis donc accroché à l’idée qu’il serait intéressant d’apporter mes réflexions empiriques au sujet de la synchronicité (que d’autres étiquettent comme étant de pures coïncidences, peut-être éclairés – à contrario de mon insignifiante personne – par la vérité matérialiste et indéniable du Réel dépourvu de passion et d’entame obscurantiste).
Ainsi, je resongeais aux dates et aux prénoms, m’accordant à dire que le moindre détail jugé d’obédience synchronistique se valait d’être inscrit afin – peut-être – que l’expression d’un Tout puisse – éventuellement – apparaître à son auteur, un peu comme dans un puzzle.