Dimanche 15 novembre 2009

Il y avait une menace
Le ciel.

Comme lors du tout premier début de l’aube.

 

Pesant de ces océans en lévitation,

Le ciel s’agenouillait à hauteur d’homme,

Ventru comme à l’accouchée,

Et j’étais là pour lécher son nombril aphone.

 

Ce même ciel qui avait vu mourir mes craintes et mes espoirs

Devait contempler la naissance de l’homme nouveau

A mesure que se desquamait ceux qui, comme moi, s’étaient perdus entre la tombe et le berceau.

 

J’avais le nez en l’air,

Humant la destinée et déshumanisant l’astre inné,

Comptant combien de temps il me faudrait

Pour m’élever vers la première goutte de pluie

Avant que l’averse ne touche terre.

 

Le ciel s’enroulait autour de mes sourcils

Et j’étais inondé

Par l’aridité d’une vision nébuleuse

Enflant au moment même où de plantureuses thébaïdes

Ejaculaient leurs épines de bonheur

Dans la ressouvenance d’une langue babylonienne…  

Par @rbre
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Mardi 3 novembre 2009

J’avais longtemps hésité

A parler de ton regard émerillonné.

J’avais déniché ce mot un peu par hasard,

- Comme l’on fait en laissant tourner la roue du destin par le souffle d’un vent aléatoire -

Tandis que j’ouvrais un dictionnaire à la page de l’empressement.

 

Emerillonné.

Je m’étais dit que tu n’aurais aimé ce mot que parce que je l’avais choisi pour toi.

Sinon,

Tu aurais tout aussi bien pu dire : « elle me rit au nez »,

Et ça aurait été idiot et un peu triste.

 

Dans ce dictionnaire très particulier,

J’avais même trouvé ce terme là : éméraldine.

Eméraldine, et tu l’imagines déjà,

C’est une espèce de bleu dont le nom s’extrait de l’émeraude.

Or, c’est vert, n’est-ce pas, une émeraude.

Et si, pour Arthur, le vert correspond au U et le bleu au O,

Subsiste ce qui m’intéresse par-dessus toutes les couleurs :


Où…

 

Par @rbre
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Dimanche 1 novembre 2009

Bonjour Toi.
Il n'y a plus d'océan, et le ciel est trop sec pour supporter mes cerfs-volants.

Je voulais que tu saches que rien n’a changé.

Ni en mal, ni en bien. Ni moi, ni moi qui t’aime.

Ce ne sont que des mots d’arbre creux, penseras-tu.

Mais si l’arbre est creusé, ce n’est que pour faire résonance.

J’ai besoin que les étoiles n’en puissent plus de m’entendre chialer mon amour.

Je n’ai pas mis de majuscule, c’est exprès.

Je sais que je n’ai pas besoin de te persuader de tout ce que j’éprouve,

Comme il n’est pas nécessaire que je te convainque que l’oméga de ton nom

N’est que le commencement de mon alphabet.

Je t’en veux toujours autant. Toujours.

Tu t’en es allée, comme un automne de soif,

Abandonnant à mes côtés une Bible d’hécatombe et de splendeur.

Mais il y a eu des milliards de flocons qui ont chuté dans mon volcan.

Je sais dire, aujourd’hui, que tu me manques plus que le prolongement de mes ombres.

Tu me manques plus que l’étymologie de Dieu.

Plus que la création d’avant la naissance d’une pensée

T’incluant dans la totalité de ce cosmos qui mourra en même temps que mon horizon.

Je pourrais continuer pendant des heures.

Naïf et sincère.

Funambulesque et flamboyant dans ces habits trop étriqués pour un cœur trop large.

Je préfère attendre l’heure que tu auras choisie pour faire frémir mes yeux.

Je serai alors stupidement détestable, incapable d’aligner ces mots

Courant dans la rigole des songes intercostaux…

Je te dis à tantôt,

Derrière la vitre fragile d’une humeur constante, 

Tandis que les hier s’effaceront en un battement de paupière,

Afin que les années qui demeurent à vivre aux pulsations de nos lendemains

Imaginent un sentier dallé par des franges de lune.

                                                                                                                                         Ton @

Par @rbre
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Samedi 24 octobre 2009

C’est un étrange mal qui, le cœur, nous entaille

Par le fil émoussé d’une très vieille dague.

 

Il s’est arrêté de pleuvoir.

Sur le balcon humide, le vent reprend sa place,

Entre une crassule à demie morte et une saxifraga moribonde.

 

Je me laisse envahir par l’idée maussade d’une éternité propre.

La pensée de toi en train de me raconter demain interpelle ma mélancolie.

Je ne t’ai jamais doutée,

Mis à part ce moment impossible où j’ai cessé de croire au soleil.

 

Si tu regardais bien du côté de tes ombres,

Tu verrais que je ne t’ai jamais lâché la main.

 

Combien de souvenirs s’enroulent dans les vagues

Et combien de remords, dans la nuit, nous assaillent…

Par @rbre
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Samedi 24 octobre 2009

Je vais m’arrêter là, sur le bord du chemin,

Car c’est toujours ainsi que s’effacent les choses

Qui ont perdu les clefs de tous ces lendemains

Censés s’entrebâiller. Mais les portes sont closes.

 

Je vais m’arrêter là, hors des lieux et du temps,

Au-delà des sentiers et au-delà des heures,

Car à trop partager la douleur des instants

Dans le poison des mots, il se peut que j’en meure.

 

Je vais m’arrêter là, et regarder partir

L’empreinte colorée de tes ombres solaires,

Je vais m’arrêter là avant de te haïr

Et avant de t’aimer dans l’éclat des colères.

 

Je vais m’arrêter là, inflexible et fiévreux,

La rage dans le sang et le feu dans les larmes,

Avant que je ne sois vraiment trop malheureux

Songeant tes douceurs qui sont devenues des armes.

 

Je vais m’arrêter là, après avoir semé

Des fleurs de désespoir et des arbres sans fruit,

Et car, au fil des jours, je n’ai su que t’aimer,

Il faudra te quitter et me couvrir de nuit.

 

 

Par @rbre
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Dimanche 18 octobre 2009

C’est les lèvres gercées que je mâche un silence.

 

Le soleil s’évapore

Sur la peau striée d’une mandragore.

 

Il n’y a plus rien d’autre qui compte au-delà des promesses,

Et je me tue à assassiner l’instant sacré d’avant l’imprononçable.

 

Peut-être y a-t-il eu de la douleur à la croissance des surlendemains du reniement,

Et peut-être, encore, y a-t-il eu des forêts dévastées par un seul grain de sable

Inoculant le poison du désert.

 

Je m’oblige à rêver d’insondables miracles

Pour ne pas rendre fou l’univers qui ne comprendra pas

Pourquoi les dieux s’invitent à disséquer mon âme.

Par @rbre
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Dimanche 4 octobre 2009
J'emploie le sel de tes larmes pour parfumer le temps qui me dépasse.

Je crève les nuages en jetant des regards transversaux.

Et l'automne qui feint de ne rien savoir...
Par @rbre
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Samedi 19 septembre 2009

Je reste là, assis dans ma chambrée, à ne songer qu’à toi.

Les mots me manquent, et le ciel ne m’aide pas.

Peu importe, puisque nous savons jouir de ces non-dits suaves.

Peu importe, d’ailleurs, tant que nos lèvres s’enveloppent

Dans cette joie proche de l’écume rencontrant l’épave de la destinée…

 

L’horloge brûle le temps, et je contemple les heures me peindre l’incendie de ta voix.

 

A califourchon sur l’éclat des souvenirs,

Les instants à venir s’inventent de nouvelles règles

Où nous serons incapables de nous perdre.

 

Je m’interroge sur la morsure,

Et ma question s’irrigue de ces ruisselets de sang

Remontant à la surface des emportements.

Je me questionne sur la caresse,

Et mon interrogation renfloue les peurs archaïques

Dans lesquelles grouillent les monstres vivant dans le reflet de nos faiblesses.

 

J’entends encore ta langue claquer sur la surface claire des verbes imprécis.

J’entends encore tes mains tenir le vague fruit de mes espoirs

Et l’ouvrir pour en sucer et le zist, et la moelle.

J’entends encore l’avatar de tes ombres rejoindre ma mortalité solaire

Pour fixer, dans le Nombre, la Lettre de notre complicité.

 

Parce que tu m’obliges à déchiffrer l’infini,

Parce que ton absence s’invite à la table des siècles

Et parce que je refuse tes marges raisonnables

Où la Raison calligraphie l’esthétique de la distance,

Il est nécessaire que Tu sois la dernière à savoir lire mon écriture,

Comme tu aurais dû être la première à m’enseigner le silence.

 

J’exige que tu ne songes qu’à égayer nos rêves,

Que tu ne veuilles t’élever au-delà de mes visions,

Que tu t’atèles à lacérer ma liberté du coutelas de l’asservissement.

 

Je m’oblige à boire toute l’encre de la création

Pour t’apporter ce remède suprême

Dont la nuit se gorge, lorsque les astres dissimulent l’espace,

Et je promets d’étreindre les roses de notre sépulcre,

Après que les hivers aient dévasté notre épitaphe…

 

Par @rbre
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Samedi 12 septembre 2009
J'ai creusé le ciel
Et j'ai tamisé les étoiles
Pour récolter cette lueur et cette pénombre
Perdues lorsque tu m'as égaré.

J'ai cueilli - à la lisière de l'automne,
Tandis que l'incendie du premier soir
Imprégne les écailles de notre mortalité
De son fumet indélébile -
Les fruits des mystérieuses évidences,
Et j'ai apprivoisé les oiseaux du massacre
Pour qu'ils en épluchent les écorces
De leurs becs déformés par des siècles de privation.

La quintessence de ta sève
A recouvert les nervures de mon abjuration,
Et malgré mes apostasies divinatoires,
Malgré la souche jumelle des léthargiques insomnies,
Malgré les scarifications causées par la hache de l'exil,
J'ai bu le frisson nombrilien de ton intactibilité
Jusqu'à provoquer l'écho de ces jours frais
Qui savaient colorer d'insouciance mon présent.

J'ai creusé le ciel
De mes ongles chimériques
Pour espérer atteindre la courbe de tes ombres.

Des souvenirs boisés comme le ventre d'une guitare,
Comme le squelette d'une portence,
Comme le prie-dieu du hasard,
Sont montés dans mon sang
Charriant les élégantes molécules d'un charnier coronarien.

J'ai su que je ne sentirai jamais plus le souffle de la crainte
Lorsque j'ai compris qu'il me serait impossible de te fuir,
Lorsque j'ai pris conscience que ce trait d'union
Entre ton faîte et mes racines
Ne pouvait séparer le continuum amoureux de nos silences...
Par @rbre
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Vendredi 4 septembre 2009

Se sont confondus les échelles et les puits,

Et tes joues zébrées de fleuves mauves,

Et ta voix parsemée de silences,

Et ton menton froissé par les méandres de l’automne naissant.

 

Les graminées à perte

Etaient sans doute là pour cacher quelque chose.
Toi-même.

Mais même Toi

Etait incapable de retrouver l’odeur de ton passage,

Vide d’une souillure pourtant nécessaire,

Absente d’un cauchemar rendant plausible l’origine.

 

Vaste, vaste, le lointain laminait

Le résultat entre le tactile et l’invisible,

Et je sondais l’avenir en puisant des reflets aux carrefours de l’aube.

 

Avais-je eu le temps de te dire…

Non.

Parce que j’étais effrayé à l’idée de t’égarer dans un champ de mots

Dont le sens n’aurait fait qu’étouffer l’évidence.

Et pourtant…

Seules les paroles auraient su te guider vers l’échantillon de notre vérité.

 

Les nuages ont foré le ciel.

Quelque chose ressemblant à une averse

S’est laissé clandestinement glisser à l’interstice de nos ombres.

Tu as provoqué la mort,

Epuisée par l’effort d’écouter mugir les lames du désir

Ne sachant rien faire d’autre que trancher les cordons qui retiennent les songes.

 

Avais-je eu le temps de te taire…

Non.

Parce que je pensais te savoir,

Et parce que tu sillonnais mes espoirs avec la force d’une veuve pucelle

Incapable de jouir autrement qu’en tuant l’instant…

Par @rbre
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